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Voici une histoire qui, à la veille des célébrations de Noël, pourrait presque ressembler à un conte : en 2009, Didier Wolff débarque aux Emirats avec un projet, celui de peindre des avions. Un an plus tard, l’idée que certains auraient pu juger farfelue a pris forme et rencontre un véritable succès.

Comment en êtes-vous arrivé à l’idée de peindre des avions ?

Je suis graphiste de formation et j’ai toujours été passionné d’illustration et de peinture. Après avoir passé un brevet et une licence de base de pilote d’avion à l’aéroclub d’Alsace j’ai tout naturellement associé ces deux domaines.

La découverte de certaines décorations extérieures de la compagnie British Airways dans les années 90 m’a donné envie d’aller plus loin dans ces tentatives demeurées trop timides à mon goût.

J’ai présenté certain de mes travaux à des professionnels de l’aviation lors du dernier salon du Bourget. Leurs retours ont confirmés mon intuition. Je me suis alors demandé comment progresser et me faire connaître et j’ai immédiatement été attiré par Dubai. Je n’avais pas de connaissances particulières de la région mais j’étais comme aimanté par les Emirats et Dubai.

C’est donc de façon presque hasardeuse que vous vous lancez à l’assaut du marché émirien ?

Malgré la puissance de mon intuition, lorsque je  me suis décidé à venir il y a tout juste un an, en 2009, force était de constater qu’au  bout d’une semaine sur place, ne parvenant pas à trouver de porte d’entrée, ni de contact, j’étais sur le point de renoncer. C’est alors que je me suis rendu au French Business Council (FBC), sur le conseil d’un ami. C’est véritablement ma rencontre avec le FBC qui a fortifié mon impulsion : la confirmation que j’étais au bon endroit, au bon moment. Le projet est véritablement né à ce moment-là. Sans attendre, je suis rentré en France, décidé de me donner tous les moyens pour lui donner vie.

J’ai contacté des ingénieurs en aéronautique (Aéroconseil à Toulouse) qui, convaincus par le potentiel et l’originalité de la démarche, m’ont permis de passer du concept à la réalisation. Ce précieux partenariat m’a permis aussi de valider techniquement mon projet.

En novembre 2009, j’ai exposé au Dubai Air Show où j’ai reçu un accueil magistral, les gens ont véritablement perçu mon activité comme quelque chose de nouveau. Aujourd’hui, tous les avions se ressemblent ; je propose donc de les personnaliser, de les différencier.

Les choses se sont enchaînées très rapidement : 3èmevisite à Dubaï, (exposition au Aircraft Interiors Middle East), salon « EBACE » de Genève, clients en Suisse et à Singapour. J’ai également des clients dans le secteur de l’aviation militaire, pour décorer des chasseurs lors d’événements prestigieux par exemple. Nous avons récemment signé un contrat avec Daher-Socata, avionneur et équipementier français qui fête son centenaire et dont nous décorons à cette occasion l’ensemble de la production du « TBM 850 » pour l’année 2011.

Concernant le marché des Emirats, certaines rencontres que j’avais faites lors de mes premières visites à Dubai se sont concrétisées. Je travaille sur plusieurs projets qui verront le jour pour les 40 ans du pays, en décembre 2011. Je me suis toujours senti accueilli aux Emirats, et je demeure fidèle au pays et à la région.

Concernant l’aspect technique, comment peint-on un avion ?

Je travaille avec un logiciel tridimensionnel. L’avion virtuel que je propose au client est exactement celui qu’il verra à l’échelle 1. Je fais 3 propositions au client, il choisit alors le graphisme dans lequel il va se reconnaître ; je décline le graphisme retenu en 3 autres variations. Lorsque la dernière des pistes sera validée par le client, elle sera finalisée. Ce graphisme est ensuite envoyé aux ingénieurs toulousains qui adaptent le dessin au plan constructeur et font en sorte que le graphisme respecte les normes de sécurité, comme par exemple la réflectance des portes ou les marquages techniques. Le design est certifié avant d’être appliqué. Ensuite ils produisent un paint kit – une sorte de pochoir géant – qui est remis aux peintres. Ce sont des peintres en aviation qui effectuent le travail ; l’appareil est alors immobilisé dans un hangar pendant 5 à 12 jours.

Que vous inspiraient les Emirats avant votre première visite sur place ?

J’ai beaucoup voyagé, avec une attirance particulière pour l’Afrique. Le Moyen-Orient est une extension naturelle de cette passion, c’est une civilisation issue du désert. Mon voyage au Moyen-Orient est une continuité logique dans ma quête esthétique. J’aime faire du business ici : il y a une certaine élégance dans les rapports humains. Les Emirats me semblent être un terrain fertile où il n’y a pas de limite ; le Burj Khalifa en est la démonstration.

Comment expliquez-vous justement cet aspect « sans limite » du pays ? Est-ce véritablement le pays de tous les possibles ?

Il y a un désir fondamental du pays : prendre sa place et marquer son temps de façon magistrale. Ici il y a des gens visionnaires qui se donnent les moyens d’être audacieux.  L’orgueil, dans le sens noble du terme, y est forcément pour quelque chose.

Y a-t-il un esthétisme particulier au Moyen-Orient ?

Evidemment, un des éléments très apprécié est la calligraphie. Elle est particulièrement narrative visuellement et vient s’apposer sur certains de mes projets. L’or est l’une des couleurs recherchées. J’ai fait formuler récemment une peinture aviation composée d’or 24 carats qui plaît beaucoup à mes interlocuteurs Orientaux.

Comment s’annonce le futur pour vous ?

Nous sommes dans une courbe ascendante ; le marché commence à prendre en compte la nécessité d’identifier l’avion à la compagnie. Happy Design Studio (nom de l’entreprise) est maintenant reconnue dans le monde entier et est bien intégrée. On nous propose des avions et des challenges de plus en plus importants. L’année se clôt par une très bonne nouvelle pour nous : nous avons signé, la semaine dernière, un contrat pour customiser le Falcon 10 personnel d’Olivier Dassault.

Pour en savoir plus: Happy Design Studio : http://www.happydesign.net/

Propos recueillis par Anouchka Sooriamoorthy

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